La Presse balado-diffuse le boulevard Saint-Laurent

Si vous avez lu votre Presse du samedi matin, vous avez sûrement vu que celle-ci vous présentait un dossier sur sa baladodiffusion de la «Main». Difficile de le manquer, ça faisait la une hier. Exit le débat Obama-McCain, exit la crise financière, exit le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe qui songe à la retraite, c’est la baladodiffusion qui prime. Une façon assez peu suptile de faire mousser ses propres initiatives, si louables soient-elles, et de faire passer comme message que l’«entertainment» est plus important que l’information. Mais regardons de plus près à ce projet ambitieux.

Du bonbon pour les oreilles
Il n’y a pas à dire, le projet est bien fait. Piloté par la journaliste Émilie Coté, l’ensemble est bien enregistré, bien produit, voire trop léché. Le podcast n’est pas sans rappeler les célèbres soundwalk produits pour New York et Paris. La prémisse du balado est que quelqu’un sort de la salle de rédaction de Presse pour aller prendre un café dans la petite Italie et remonte le boulevard Saint-Laurent, en remontant par le fait même le temps à quelques occasions. Un peu simplet mais on a vite fait de l’oublier tant on entre dans un univers fascinant.

On y a ajouté tous les artefacts: des bruits de pas, de voiture, de passants et quelques transitions musicales pour faire des pauses dans la narration. Tout y est prétexte à faire une rencontre intéressante. Tantôt c’est Serge Chapleau qui nous parle de son employeur, tantôt c’est Michel Tremblay qui nous parle de son univers théâtral, tantôt ce sont de plus petits acteurs tels que des commerçants qui ont fait de cette rue légendaire ce qu’elle est dans l’inconscient collectif des montréalais.

Là où le bas blesse
Après avoir traversé la ville sur le boulevard à l’aide de cette heure et demie d’audio, il est normal d’avoir les pieds en compote… et les oreilles en choux-fleur. C’est long. Trop long. Et c’est surproduit. Pas une minute on ne crois que notre interlocutrice marche réellement sur la «Main». D’ailleurs, elle ne se nomme pas: erreur numéro un des nouveaux arrivants dans le podcasting! Est-ce la journaliste en question ou une comédienne? J’opte pour la deuxième tant le ton est Radio-Canadien. On oublie que le podcasting est un médium humain où l’on s’adresse directement à des gens en leur parlant dans le creux de l’oreille et personne n’aime se faire parler dans l’oreille pendant une heure et demie par un professeur de diction dans un studio d’enregistrement.

La page web ressemble à un article de la Presse plus qu’à un site de balado. Les codes visuels et la navigation appropriée à ce médium ne sont pas là ou très discrets. Dans l’article du journal, on nous dit que la baladodiffusion est un simple fichier MP3 destiné à être écouter sur un lecteur numérique. C’est bien mal connaître le médium car c’est la notion d’abonnement par un fil RSS à l’aide d’un aggrégateur de contenu comme iTunes qui fait de la baladodiffusion ce qu’elle est. Pas de fil RSS et ce n’est pas de la baladodiffusion; et le Fil RSS du podcast de la Presse ne fonctionne pas. Ce n’est peut-être pas de la baladodiffusion après tout? Heureusement que le téléchargement sur iTunes fonctionne car malgré qu’il y ait un lecteur intégré au site web, il n’y a pas de lien pour télécharger directement le fichier MP3 pour ceux qui n’ont pas iTunes.

Le fichier est téléchargé automatiquement vers iTunes et on peut aussi le télécharger en trois morceaux. Malheureusement, la Presse n’a pas créé de page spécifique dans iTunes. Si on regarde le fichier de plus près, il n’a simplement qu’un nom: Saint-Laurent intégrale. Pas d’auteur, pas d’artiste, pas de description, pas de tags, rien. Tout pour être invisible dans Google. Il n’y a même pas d’image imbriquée dans le fichier. Il ont aussi manqué l’occasion de produire une version «enhanced», avec des images et des chapitres qui auraient pu faire un lien visuel à mesure que l’on suit l’action.

L’interaction
Je ne m’attendais pas vraiment que la Presse permette d’interagir avec les auteurs du projet comme c’est le cas pour n’importe quel podcast ou blogue. Le but visé est quand même de drainer le plus grand nombre d’internautes possible vers leur site et de les garder captifs, comme tout site de «média traditionnel» tel qu’un journal. Alors qu’ils ont «rafraîchi» cette semaine leur Cyberpresse, ils auraient aussi pu permettre un peu d’interaction sur des projets ponctuels comme celui-ci. C’est un signe qu’ils comprennent assez mal les médias sociaux et qu’ils désirent en obtenir les bénéfices sans avoir à y mettre les investissements.

Si les gens de la Presse étaient un tant soit peu au courant de ce qui se passe en baladodiffusion au Québec, ils auraient su qu’un PodCamp avait lieu à Montréal la semaine passée. Ils auraient pu venir discuter avec les joueurs les plus actifs comme l’on fait Canoe et Radio-Canada et peut-être même venir faire l’annonce du projet. Ou bien ils auraient pu offrir le téléchargement en avance aux PodCampers, à l’image de ce que Audissey ont fait lors de PodCamp Boston 2 l’an passé.

En conclusion
La Presse débarque en baladodiffusion comme un chien dans un jeu de quilles. Pleine de bonnes intentions mais un peu malhabile. Ils font plusieurs des erreurs auxquelles je mets en garde mes propres clients en podcasting. C’est un projet qui obtiendra plusieurs téléchargements certes, mais possiblement moins d’écoute tant le ton de la narratrice mystère est rébarbatif. Il a été écouté en «fast forward» pour connaître le projet et entendre les interlocuteurs car après 30 secondes je n’en pouvais plus de la narration. Est-ce le premier d’une série sur Montréal pour la Presse? Je l’espère. J’espère aussi qu’ils retourneront faire leurs devoirs.

P.S. à La Presse: Parlant de devoirs, baladodiffusion s’écrit avec un seul «L».


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