La beauté (et les affres) du modèle Google

Google est le Web et le Web est Google. On ne peut passer à côté. Alors qu’il y a dix ans à peine, les gens me demandaient de quoi je leur parlait, le moteur de recherche émergent prêchait par sa simplicité… et détonnait d’avec les Yahoo! et AltaVista de ce monde. De l’eau a coulé sous les ponts depuis les débuts officiels de Google en 1998 et pour la première fois, le Web s’est adapté à un moteur de recherche et non l’inverse.

Tout est dans les relations
Google a débuté à titre projet de recherche sur les liens qui existaient sur le web entre les différents sites, accordant plus d’importance (ou d’influence) à un site traitant d’un sujet donné. Et comme le web est interrelié, le moteur accorde aussi plus d’importance à un lien provenant d’un site qui a lui-même une plus grande influence. S’ensuit une escalade sans fin vers l’influence absolue nous menant à ce qu’on appelle le web 2.0.

Est arrivé à la même période la démocratisation de l’internet par l’effet combiné des plateformes autogérées tels les blogs, de la réduction des coûts de la bande passante et de l’accès à de l’hébergement de sites à prix modique. C’est là que le plaisir commence, car qui dit blog dit relations humanisées entre sites web et interrelations entre ceux-ci, et par le fait même, liens-retour qui augment l’influence. C’est ce principe même (combiné à une fréquence soutenue de publication, à l’usage adéquat de mots-clés et autres techniques de SEO) qui permet à un blogueur qui fait bien son travail d’être mieux répertorié sur Google qu’une entreprise. Jusque là, rien de nouveau.

Show me the money
Il ne faut pas perdre de vue que Google est une entreprise. Et une entreprise plutôt lucrative. Elle tire la majorité de ses revenus sous forme de publicité (99% selon Wikipedia) par l’usage combiné des Adwords et de son système Adsense. C’est ce système même qui influence la façon dont fonctionne le moteur de recherche de Google: On donne de l’influence aux sites de type Web 2.0 (blogs) qui draînent des internautes, ceux-ci affichent de la publicité (moyennant un partage des revenus) faite par de grandes entreprises, ces grandes entreprises ont souvent des sites non-web 2.0 alors ils doivent débourser de l’argent à Google soit pour se payer de la publicité Adsense, soit pour se payer des Adwords qui les feront mieux paraître dans le répertoire. Simple, non?

S’ensuit une boucle sans fin où tout ce qui tourne sur une plateforme web 2.0 est avantagé. Mais ne soyons pas crédules, Google ne fait pas cela pour les beaux yeux des blogueurs, vidéoblogueurs ou podcasteurs de ce monde, ni parce que c’est du “user generated content” ou du web social, mais bien parce que ça alimente leur modèle économique. Google est une entreprise cotée en bourse et comme pour toute entreprise cotée en bourse, les actionnaires demandent du rendement. Et ce modèle fonctionne de mieux en mieux à mesure qu’il est raffiné.

Savoir alimenter la bête, ou le fameux “Google Juice”
Détrompez-vous, je ne critique pas la manière de faire de Google ni le fait que l’entreprise en tire des revenus: plusieurs initiatives sur le web sont grandement avantagées par ce modèle et c’est cet argent qui a permis l’émergence de services comme Analytics, Google Docs et Gmail dont nous profitons tous.

C’est aussi ce modèle qui a permis l’apparition de champs d’activités économiques tels que l’optimisation d’engins de recherche (SEO), lequel équivaut souvent à de l’optimisation de Google. Le pouvoir est maintenant entre les mains de ceux qui savent alimenter Google adéquatement à l’aide de techniques qui feront ressortir votre site web lors de requêtes d’internautes.

Savoir alimenter adéquatement Google donne donc de l’influence, de l’attention. Encore faut-il savoir se servir de cette influence ou en faire bon usage, car même si on se retrouve en première position pour une recherche donnée, si l’information que l’on diffuse est ni utile, ni divertissante, les gens ne reviendront pas.

La fin de Google ou le renouveau de Google?
Il peut être parfois de plus en plus difficile de trouver ce que l’on cherche sur le web. On cherche un restaurant par exemple. On tape le nom de l’établissement et de la ville, puis on trouve 30 résultats qui n’ont rien à voir avant de retrouver ce que l’on cherche. Ça, c’est le mavais côté du SEO: les entreprises qui n’ont pas le moyen de se payer les ressources, les adwords et qui ne connaissent pas l’optimisation d’engins de recherche sont désavantagées. Souvent au détriment de l’internaute.

C’est ce qui m’a fait dire à ma conférence “Please don’t suck” en septembre dernier que la géolocalisation fait partie de l’avenir du Web. Est-ce que Google intégrera prochainement la géolocalisation dans ses résultats de recherche? J’en doute. Leur modèle d’affaires est beaucoup trop lucratif même s’il peut conduire à sa perte (ou à son affaiblissement à tout le moins) pour qu’ils s’intéressent à la géolocalisation.

Tiens, je vois Sylvain Carle de Praized sur Twitter.


À propos de cet article