WebTélé: quelques principes simples pour faire augmenter le nombre de visionnements

Depuis l’avènement des têtes-à-claques en août 2006, le nombre de webtélés n’a cessé d’exploser au Québec. Si certaines obtiennent beaucoup de succès (le cas Roberge a été adapté pour le cinéma) ce n’est pas le cas de toutes les webtélé. Sans aborder toutes les problématiques du médium, je m’attarderai à des solutions qui visent une meilleure distribution des créations.

Savoir partager son joujou
Trop de webtélés fonctionnes avec une architecture fermée. Le contenu est disponible à un seul endroit et consommable uniquement devant son ordinateur. C’est bien quand on veut centraliser ses opérations, canaliser tous les internautes en un seul endroit et n’avoir qu’une seule statistique de visionnement à compiler. Mais puisque nous sommes à l’ère de l’internet social et de l’accessibilité au contenu sur toutes les plateformes, ne serait-ce pas un peu «web 1.0»? Pour ne pas dire, «web 0.5»?

Qui dit web social, dit partage. Nous sommes conscients que qui dit partage, dit aussi perte de contrôle sur le média car les gens se l’approprient et en font ce qu’ils veulent. Plusieurs font le parallèle avec le marché de la musique où les revenus fondent à vue d’oeil dû au partage et au piratage des fichiers. Mais le parallèle s’arrête au partage, car le modèle d’affaires est totalement différent: pour la musique, c’est l’internaute qui paie pour le contenu tandis que pour la webtélé, c’est généralement l’annonceur.

Il faut donc rendre possible le partage de vidéo ET le téléchargement. Car si vous ne le faites pas, un internaute le fera à votre place et pas nécéssairement de la façon dont vous voudriez qu’elle soit faite. Même si vous croyez que la vidéo jouée sur votre site avec un lecteur flash est intouchable, détrompez-vous. Il existe plusieurs utilitaires pour «siphonner» la source ou l’enregistrer. Vouloir empêcher le partage des fichiers média sur le web c’est comme vouloir empêcher la grippe de se propager. Plus vos créations seront disponibles sur un grand nombre de sites, plus celles-ci seront visionnées. Il est donc important de relayer ces vidéos sur des sites voués à la diffusion de vidéos comme Youtube.

Si vous croyez que les gens qui visionneront vos vidéos sur Youtube seront des visiteurs en moins sur votre site, alors vous avez drôlement tort car c’est plutôt l’inverse! Les gens qui passent du temps sur Youtube iront visiter votre site seulement si votre contenu s’y trouve. Youtube est un outil de recherche de vidéos au même titre que Google est un outil de recherche pour les sites web. Feriez-vous un site web s’il n’était pas répertorié dans les engins de recherche? En créant vous-même votre canal de contenu vous vous assurez de contrôler le câdre de visionnement et vous pouvez inscrire des liens-retours qui amènent vers votre site. Si vous faites bien votre travail d’optimisation, cette nouvelle manne de consommateurs de contenu (que vous n’auriez jamais obtenu autrement) se transformera invariablement en visites sur votre site même.

Vous avez dit podcasting?
Malgré la force de ses 5 années, le podcasting (ou baladodiffusion) est encore tristement méconnu, même des créateurs de contenu. Car dans le fond, ce n’est qu’une méthode de diffusion: on imbrique le fichier média (audio ou vidéo) dans un fil RSS. Ça ne change en rien la nature du contenu produit. Ce qui fait en sorte que les gens équipés d’un aggrégateur de contenu média (comme iTunes par exemple) peuvent s’abonner (bien souvent gratuitement), télécharger sur demande et transférer ce fichier média à leur lecteur mobile.

Les avantages pour le consommateur sont multiples mais il l’est tout autant pour les créateurs de contenu: que les gens soient abonnés. Qui prends encore une pause le mercredi après-midi pour aller visionner le dernier clip des têtes-à-claques? Les gens ne veulent pas avoir à retourner sur un site pour consommer du média, ils veulent que le média leur soit accessible où et quand ils le veulent. Et l’abonnement par iTunes permet de conserver plusieurs de ces visionnements. La plupart des émissions audio et vidéo disponibles en podcating ont une moyenne de 50% de téléchargements par iTunes. Ne croyez-vous pas que Michel Beaudet des têtes-à-claques aimerait avoir conservé une partie des millions de téléchargements hebdomadaires perdus (certains clips ont eu jusqu’à 6 millions de visionnements)?

Et la pub dans tout ça?
Je sais que dans votre tête, vous préparez l’argument mortel qui viendra anéantir les solutions mentionnées plus haut: il faut contrôler l’environnement de visionnement pour pouvoir assurer le visionnement de la publicité et attirer les annonceurs. Plusieurs sites proposent des publicités forcées de 15 ou 30 secondes qui se visionnenent automatiquement avant le clip recherché (et qu’il est impossible de sauter). Autant le but publicitaire est atteint, autant on a réussi à se faire détester des internautes car entre vous et moi, qui aime se faire forcer à écouter de la pub? C’est à nous de convaincre les annonceurs du bien fondé du partage du contenu et de proposer des solutions publicitaires qui fonctionneront en fonction de la nature même du médium. Par exemple, pourquoi ne pas faire deux insertions publicitaires de 5 secondes directement au début et à la fin du fichier-source? 5 secondes c’est trop court pour que les gens passent par-dessus et aussi trop court pour que l’on trouve cela désagréable. Je parie que ce sera beaucoup plus efficace et surtout, moins dommageable pour l’image de marque.

Avec la quantité d’offres disponibles sur le web, on se doit d’aller chercher l’auditeur là où il se trouve, soit par l’usage du web social ou des plateformes mises en place. Et il faut que les gens puissent consommer ce contenu où et quand ils le veulent, et non l’inverse. C’est ce que la télé faisait depuis plus de 50 ans: nous rendre captifs d’un écran, dans un lieu donné. Il ne faut pas transporter le modèle télévisuel sur le web mais plutôt l’adapter à sa nature organique… à moins que vous ne vouliez rester seul devant votre écran cathodique.

Photographie par Alexandre Van de Sande


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