L’entreprise américaine VoloMedia obtient un brevet sur le podcasting?

Ça fait deux jours que podcasting news a sorti la nouvelle et depuis ce temps, un nombre incroyable de billets de blog et de messages sur Twitter déferlent à propos du sujet. Ok, la nouvelle aurait paru plus spectaculaire si elle était sortie en 2005, même si depuis le podcasting a atteint le statut de média de masse et que le nombre d’adeptes est en constante croissance. À l’époque, la baladodiffusion était “the new best thing” et c’est plutôt Twitter qui décroche le titre en ce moment.

Les faits
Le brevet que VoloMedia a déposé concerne la distribution de contenu épisodique par le biais d’internet et couvre le territoire américain. Même si ça ne spécifie pas directement le podcasting, les termes du brevet sont si larges qu’il englobe le podcasting et ses fonctions inhérentes (indication lorsqu’un nouveau fichier est disponible, distribution automatisée des fichiers, synchronisation à l’ordinateur qui le reçoit, synchronisation selon des paramètres définis par l’utilisateur, etc.)

La petite histoire du PodCasting
Dans son communiqué, VoloMedia clame que son idée (proposée au bureau des brevets en 2003) a donné naîssance au podcasting et autres formes de distribution semblables en 2004. Le problème, c’est que le podcasting a été inventé en 2001. À l’époque, Dave Winer avait repris le développement du RSS abandonné par Netscape. À la suggestion d’Adam Curry et de quelques autres enthousiastes de médias, il a développé les “enclosures”, c’est-à-dire une façon d’encapsuler des fichiers médias pour qu’ils soient distribués de façon automatique. Winer a fait la première démonstration publique à l’aide d’une chanson des Greateful Dead le 11 janvier 2001. Le groupe avait d’ailleurs autorisé Winer à utiliser ses chansons pour le bien de la cause.

Oui, le terme podcasting a été utilisé pour la première fois en février 2004 par Ben Hammersley du journal brittanique The Guardian. Oui, c’est cette année-là que les auditeurs ont commencé à consommer en masse le podcasting grâce à l’aggrégateur open-source iPodder (maintenant appelé Juice), soit après le dépôt de brevet par VoloMedia. Sauf que la technologie existait dès 2001. À l’époque, plusieurs favorisaient l’aggrégateur de Radio Userland pour consommer ce que l’on appelait de l’audioblogging.

Qu’est-ce que ça changera?
Pour l’instant, le brevet concerne le marché américain. On pourrait donc en déduire que ça ne change rien pour nous au Canada. Sauf que l’aggrégateur de fichiers le plus utilisé est iTunes d’Apple, donc une compagnie américaine. VoloMedia affirme d’ailleurs être en pourparlers avec Apple.

L’obtention du brevet soulève toutefois plusieurs questions. Est-ce qu’Apple devra payer des redevances à VoloMedia pour avoir mis au point iTunes? Est-ce que VoloMedia donnera des redevances à Dave Winer qui a lui-même inventé le podcasting bien avant que le brevet ait été déposé? Est-ce que les producteurs de contenu devront aussi payer pour pouvoir mettre en ligne du contenu qui soit téléchargeable? J’en doute. Essayer de jouer à la police sur internet avec tous ceux qui imbriquent du contenu média dans un fil RSS équivaut à essayer d’arrêter un fleuve avec ses mains.

Avoir le sens des affaires
Par ailleurs, je ne crois pas que ce soit un hasard si VoloMedia a sorti la nouvelle un peu plus d’un mois après avoir lancé son plugin pour iTunes. Ce plugin, couplé à Google Analytics, sert à mesurer précisément l’écoute que les auditeurs font des podcasts dans iTunes et permet aux utilisateurs de partager ses listes d’écoute. Comme les avantages sont plus grands pour les créateurs de podcasts que pour les auditeurs, je ne croyais pas à l’adoption d’un tel plugin et je ne considérait pas la nouvelle assez importante pour en parler ici. Sauf que cette histoire de brevet change la donne et que la discussion entre les deux entreprises risque d’être intéressante à suivre. Si à terme, Apple décide de rendre finalement disponible les statistiques d’écoute des podcasts à leurs propriétaires, je connais plusieurs producteurs de contenu qui seront contents.


À propos de cet article